[ MONDE ] METISSAGE

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MONDIALITE ET METISSAGE >

2. LE METISSAGE COMME PROBLEME CONSTITUTIF DE LA MONDIALIATE.


Le métissage est un phénomène ancien et massif. Chaque grande période historique a donné lieu à d'importants métissages, à commencer par ceux qu'une puissance conquérante impose à un peuple conquis.


Ce qu'il y a sans doute de nouveau dans la période actuelle, c'est que tout à la fois :


- il devient irréductible, au sens où on ne peut le réduire et le faire disparaître par un simple processus d'assimilation et d'intégration nationales (ou impériales). Il entre en résonance avec la mondialité et celle-ci lui confère une texture, une ampleur et une résistance particulières.


- il s'énonce alors que nous avons affaire à une grave crise des identités, quelle qu'elle soit (identité de métier, nationale, de classe, religieuse, etc.). La radicalisation "intégriste" de ces identités est le signe de leur profonde crise.


Je partirai de cette situation intellectuelle très surprenante : la question du métissage est étrangement absente des recherches et études sociologiques, malgré son caractère massif. Il se produit là un étrange déni d'existence. Et encore aujourd'hui, au mot "métis" reste attaché une connotation péjorative, comme si le vocabulaire colonialiste avait maintenu sa présence.


Dans le meilleur des cas, en France, on identifiera "métissages" et "créolisation".


Pourtant, si l'on consulte le dictionnaire, métis vient de "mixtus" et désigne "ce qui est mélangé". Il s'agit donc clairement d'un terme générique qui ne désigne aucun mélange particulier.


Le grand silence qui est fait autour du phénomène du métissage me semble recouvert par le bruit assourdissant fait autour de la thématique de l'"étranger". Non selon l'approche subtile d'un Simmel, mais avec son lot de brutalité expressive.


Pour qu'il y ait étranger, encore faut-il qu'il se distingue d'un alter ego qui, souvent, n'est pas défini :

S'agit-il du "national", de l'"intégré"?

Etranger à quoi?

Et face à qui ?


L'étranger est toujours suspect, il est à multiples visages : l'extérieur face à l'intérieur, l'inconnu face au connu, celui qui doit garder sa bonne distance car il n'est pas de nôtres, le potentiellement barbare.


Cette figure de l'étranger est, dans la période actuelle, brandie avec force. Pour occulter la réalité du métissage, on aura recours à de nombreuses catégorisations issues de cette figure. On utilisera en France par exemple l'expression abêtissante de : "enfants de la deuxième génération".

Deuxième génération de quoi ?

Et si père et mère sont de nationalités différentes, de laquelle tiendra-t-on compte ?

Et qu'en sera-t-il de la troisième génération, si l'enfant naît d'un autre mélange ?

Et qu'en est-il des peuples qui ne forment pas une nationalité : les Juifs, les Arméniens, les Kurdes, la mosaïque des peuples d'Afrique, etc...?


Or la référence au métissage met à mal cette figure et problématisation de l'étranger (nouveau refuge du racisme). Avec elle, on ne peut plus établir de ligne de partage qui soit nette, on ne peut découper la mondialité en parcelles de nationalités. Il existe, il s'impose à l'existence une diversité infinie de métissages, qui ne saurait être réduite à la problématique du rapport à l'étranger. Si étranger il y a, il est en chacun de nous.


Ce n'est pas, bien entendu, que la question de la nationalité soit gommée. Mais elle se trouve relativisée. Et ce qui compte, dans la problématique du métissage, ce n'est pas l'origine "en soi", ou les origines. Ce sont les relations vivantes qui s'établissent entre des histoires et expériences nationalitaires, voire civilisationnelles diverses qui ont à se composer au sein d'individualités métisses.


Comme l'indique Edouard Glissant, « il faut détourner l'homme de la pensée de l'un et l'ouvrir à l'émoi de la diversité ». Il faut créer une poétique du divers.


On s'aperçoit alors que le métissage n'est pas un problème. C'est bien plutôt l'expression d'un point de vue et d'une perspective émancipatrices, non sur l'étant, mais sur le devenir.


Néanmoins, on peut prendre le métissage comme l'indice de problèmes qui ont directement à voir avec la montée de la mondialité :


- la crise, ou plutôt la dilution des identités, ce qui fait que la référence à la mondialité ne peut pas être pensée comme un nouvel « internationalisme ». Cette dilution comporte des risques énormes : que les individus ne deviennent que des brisures d'identité, des morceaux d'identités en perdition. Face à ce risque, le point de vue du métissage, du mélange, offre une opportunité de ressaisissement : le retour à la simple appartenance.

Un métis est, par définition même, en situation de multi-appartenance, mais sans bouclage sur une quelconque identité. Ce n'est plus le prolongement d'une identité (qui serait "héritée", "élue" ou "choisie") qui fonde l'engagement dans la vie, mais c'est au contraire l'engagement qui fait vivre et sollicite une pluralité d'appartenance, et toute sa richesse potentielle. On expérimente en soi que dès qu'une appartenance se fige en identité, le métissage se tend et sa richesse se trouve mise en péril.


Le métissage n'est pas une fusion d'appartenances, mais une composition, qui ne prend tout son sens que par rapport aux défis du devenir.


- La confrontation entre civilisations, problème qui ressurgit brusquement dans le tournant du monde actuel. Je ressens, personnellement, une réticence à utiliser ce terme, à cause tout à la fois de son usage guerrier (« Le choc des civilisations ») et de ses connotations colonialistes (« la civilisation », face aux peuples barbares).

Néanmoins, cet concept a été utilisé par les plus grands sociologues : Max Weber, s'interrogeant sur la singularité de la trajectoire de la civilisation occidentale, Norbert Elias, en en caractérisant des périodes, Georges Friedmann, s'inquiétant de la montée de la civilisation technicienne, etc.


Ce que le concept de civilisation apporte, c'est précisément la profondeur historique, aussi bien quant au passé que quant à l'avenir. C'est la longue durée. Et on peut se demander si la faible présence dans la pensée sociologique actuelle de la question des trajectoires civilisationnelles n'est pas l'indice d'un repli frileux sur de la micro-sociologie technicisée.

La crise des identités s'apparente aussi à la crise de généralisations abusives, qui pensent pouvoir s'affranchir de l'effort à faire pour appréhender les phénomènes profonds et de longue portée. Qui aura interrogé quelques ouvriers, croira (ou croyait) pouvoir parler sur l'ensemble de la classe ouvrière, ou de la condition ouvrière...


Chez Max Weber, non seulement la problématique civilisationnelle est centrale, mais elle se pose comme clairement critique, comme une posture qui interroge et dénaturalise les traits caractéristiques de la civilisation occidentale.


Nous vivons actuellement, de manière évidente, une rencontre entre civilisations, qui se trouvent paradoxalement réactivées par cette rencontre même et qui peut conduire effectivement à des phénomènes considérablement régressifs. Il ne s'agit pas d'occulter cette rencontre, mais d'apprendre à la penser comme telle.


De la place qui est la notre, ici en occident, tout en mobilisant la richesse du métissage, ce qui me semble à notre portée est de réaliser un réexamen critique de la trajectoire occidentale, de prolonger Max Weber, mais sous de nouveaux regards.


Je pense à trois domaines :


1) celui de l'écologie,

que j'ai longuement traité dans mon livre : le rapport entre la Cité humaine et la Nature, elle-même vue comme forces et processus qui engagent notre vie (et survie) organique (physique et psychique). La question écologique est certainement la plus lourde d'effets, celle devant laquelle nous nous sentons le plus démuni en termes opératoires.

Mais du moins pouvons-nous, en tant que sociologues, en penser la profondeur historique et les causes concrètes, en nous ressaisissant de manière clairement critique de ce qui a été la trajectoire occidentale de la pensée du rapport à la fois instrumental et distancé de la Cité à la Nature et en considérant ce que d'autres civilisations – en particulier la civilisation chinoise ou les différentes cultures dites "indigènes" - peuvent nous offrir comme alternative. Ce que la question écologique fait émerger en positif, c'est à la fois


o une nouvelle définition de la responsabilité, non plus la responsabilité morale du "avoir à rendre des comptes sur", mais la responsabilité éthique du "prendre soin de",


o une nouvelle vision de nous-mêmes, non pas comme "maître de la nature", mais comme entièrement partie prenante, par notre corps, du cours de son développement (car la nature n'est pas autre chose que de vastes processus en mutation constante). Se confronter à la nature, c'est se confronter à une partie de nous-mêmes.

L'indice le plus évident de cette "partie prenante" n'est pas autre chose que la santé et le bien vivre corporels, autant physique que psychique. La nature étant participant de notre intériorité, elle est tout sauf un environnement, comme des versions appauvries de l'approche systémique tenteraient de le nous faire croire.


2) Celui du désenchantement du monde.


Je pense que l'on peut tourner le problème dans tous les sens : on trouvera toujours le même constat : nous vivons, actuellement, en occident, une perte considérable d'idéal et de valeurs. Nous vivons un formidable écrasement sur le présent, de même qu'une considérable confusion au sujet du concept d'événement. Au lieu de le voir comme un point de tension entre les virtualités amont et les possibles aval, on le réduit à n'être qu'un point aplati sur le présent de son occurrence.


Qu'en est-il des ressources inter-subjectives actuelles ?

Qu'est-ce qui, face à la conscience des problèmes de la mondialité, peut surgir comme sens et valeurs de vie ?

Qu'est-ce qui peut former idéal ?

Comment le penser ?

En mobilisant quels affects ?



Il est probable que la ligne de force autour de laquelle peuvent se reconstituer, face à la rationalité instrumentale, une rationalité en valeurs, des valeurs de vie, est celle de l'émancipation humaine concrète. Emancipation humaine, et non pas simplement "sociale". L'émancipation est une tension vers l'idéal de liberté. C'est dans son cours que la liberté prend forme concrète et échappe aux déclarations universalisantes et faussement abstraites sur La Liberté (Bush).


3) Enfin celui de l'occidentalisation du monde.


Comment interpréter les résistances manifestes à cette occidentalisation ou considérer ses dégâts, tout aussi probants ?


Quel regard critique porter sur elle ?


Comment renouer, de manière critique, avec la portée positive d'autres trajectoires civilisationnelles, qui se manifestent d'autant plus fortement qu'elles sont en péril ?



Cette question demande, de la part de sociologues, beaucoup de lucidité et aucune complaisance exotique. Mais elle suppose que la communauté des sociologues soit explicitement élargie à des membres qui ont l'expérience vécue d'autres civilisations. On doit remarquer que l'expansion actuelle du capitalisme ne s'opère plus selon la modalité de la conquête ou de la soumission politique directe d'un peuple ou d'un Etat.

Elle opère par "corruption", en quelque sorte, en empoisonnant les formes de vie qui lui sont différentes et résistantes à la fois. Elle opère par putréfaction (voir la Chine d'aujourd'hui).


Face à cette occidentalisation corruptrice, nous pouvons nous saisir doublement :


o de la problématique du respect critique des apports civilisationnels divers, en commençant par ce qui frappe à notre porte : le respect et la prise en compte de notre propre métissage (ici, en France par exemple), l'appui sur ses considérables ressources,


o d'un retournement de la place de l'économique capitaliste. C'est essentiellement à travers lui que les mécanismes d'empoisonnement se diffusent. Or, derrière l'économique, il faut voir l'essentiel : la production sociale des conditions de l'existence. Remettre l'économie (et non l'économique, comme sphère isolée) à sa place, c'est à la fois définir, par dialogue intersubjectif, ce que l'existence peut signifier, comme pleine et entière, comme horizon d'une vie commune heureuse (une vie bonne disait Aristote) et en quoi peuvent consister ses formes concrètes de production (la question de la production du "service").


En conclusion:

Je dirai que la perspective ouverte par le métissage déborde de beaucoup la simple question des origines individuelles. C'est une posture ouverte sur la mondialité, sur le divers et le commun que cette mondialité recèle potentiellement. Le commun n'est jamais un pur « donné ». Il est toujours à trouver, en gardant la modestie de se dire que nous ne le trouverons jamais que de manière partielle et inachevée.


La mondialité ne renvoie pas, contrairement à ce qu'affirme Beck, à la finitude, mais à l'inachèvement.


Du même coup, on peut valablement contester la problématique du « moindre mal », de la peur. Car ce que nous avons face à nous, ce ne sont pas des "risques", mais des tensions dont le risque est l'expression négatrice, celle qui n'offre aucune autre issue que la simple tempérance d'un étirement du présent vers l'avenir, celle qui prétend nous dire que l'histoire est finie, que tout n'est désormais que redondance dont il faut amoindrir les "risques".

Le métissage, à l'inverse, est une pure affirmation. C'est à son déploiement, sa force, sa richesse, sa vitalité que la pensée sans perspective, qui reste enfermée dans le capitalisme mondialisé, prise dans une trajectoire déclinante et sans idéal, tente d'opposer "l'un", le non divers, le non mélangé, l'inéluctable, l'alter ego de l'étranger.


La mondialité sera constituée à partir de la reconnaissance égalitaire du divers et de la recherche du commun, ou elle ne parviendra pas à exister, restera un pur accompagnement exotique de la mondialisation.


Publié par Philippe Zarifian



# Posté le jeudi 27 mars 2008 16:07

Modifié le dimanche 26 octobre 2008 09:05

[ SOCIETE ] METISSAGE

[ SOCIETE ] METISSAGE
CONFRONTATION OU MELANGE ?

Il y a vingt ans, le METISSAGE ne désignait encore que la situation de deux personnes de couleurs de peau différentes qui s'unissent et donnent naissance à une progéniture d'apparence intermédiaire. Ainsi, des populations entières, en particulier du Brésil et des Caraïbes, ont été qualifiées de « métisses ».

On pouvait, selon le cas, approuver ou réprouver la chose. Mais la notion s'applique aujourd'hui à bien d'autres domaines que l'hérédité : à la langue, à l'habillement, à l'esthétique picturale, à la musique, aux moeurs, en un mot à la culture.

Tout le poids de la notion de METISSAGE provient de la redécouverte, par des historiens ou des sociologues, du fait que le mélange culturel est à l'origine de brillantes civilisations. Ainsi, souligne François Laplantine, la Méditerranée antique, l'Espagne des Omeyyades, l'Europe de la Renaissance, la Vienne de Gustav Klimt et Sigmund Freud ont été des moments d'intense brassage culturel.

Plus encore, l'idée même d'une culture qui ne devrait rien aux autres est rejetée par les défenseurs du METISSAGE. Prise au pied de la lettre, cette proposition aboutit à un paradoxe : comme le souligne Jean-Loup Amselle, il est difficile de penser le mélange si l'on ne dispose pas au départ d'éléments bien séparés et originaux. En outre, si toute culture n'est que métissage, le processus est irréversible et l'histoire bute à terme sur l'idée qu'il n'y a plus rien à mélanger.

C'est à peu de choses près la conclusion à laquelle aboutit l'anthropologue Ulf Hannerz, pour qui le monde se dirige actuellement, à la faveur de la globalisation économique, vers une homogénéisation des cultures. Mais tous les défenseurs du METISSAGE ne l'entendent pas ainsi : selon F. Laplantine, le métissage n'est pas une fusion, ni un syncrétisme, mais une confrontation, tout le contraire d'un mélange.

Que retenir de ce bref débat ?

D'abord, que la notion de METISSAGE culturel est loin d'être claire. Ensuite, qu'on a tout avantage à y voir un point de vue plutôt qu'un état de choses : conceptualiser le METISSAGE, c'est souligner le fait que les échanges culturels ont toujours existé, par opposition à toutes les démarches qui viseraient à réifier ce que chaque culture conserve jalousement d'original et d'intangible.

Ainsi, dans le panorama actuel des idées, le METISSAGE n'irait pas non plus dans le sens du multiculturalisme communautaire, parce qu'il se joue des héritages culturels et des identités ethniques. Comme le souligne Alexis Nouss, le METISSAGE ne serait ni un concept, ni une chose, mais une disposition à penser et à mettre en oeuvre une culture faite de pièces et de morceaux empruntés à divers registres.


Publié par Nicolas Journet


# Posté le dimanche 30 mars 2008 15:40

Modifié le dimanche 26 octobre 2008 09:05

[ FRANCE ] METISSAGE { REPORTAGE }

[ FRANCE ] METISSAGE { REPORTAGE }
LA FRANCE, LA VRAIE, .... FRATERNITE, METISSAGE et DIVERSITE >

Vive la France, pas celle que Le Pen veut, mais la vraie.

Cette réplique de Lilian Thuram à la dernière provocation raciste du chef de l'extrême droite, combien de fois l'avons-nous entendue, déclinée de diverses manières, en ces dernières chaudes nuits de victoires françaises au Mondial de football ! " Vive la France ! ", "Allez les Bleus ", criés par des jeunes explosant de joie dans les quartiers populaires de la France entière. Des jeunes qui ressemblent tant à leurs héros, aux Zidane, Vieira, Ribery, Henry et tous les autres, à la France d'aujourd'hui, loin des fantasmes dangereusement entretenus par les faiseurs de peur de tout bord.

En 1998, le triomphe des Bleus semblait avoir provoqué enfin une large reconnaissance de la richesse qu'apportent la diversité et le METISSAGE de notre société, résumée alors par l'expression imagée : black, blanc, beur. Cette prise de conscience fut éphémère, vite battue en brèche par des politiques de discrimination et de stigmatisation de l'immigration, scandaleusement associée à l'insécurité et à la délinquance.

Ces jeunes qui vibrent pour l'équipe de France et agitent le drapeau tricolore sont les mêmes que ceux qui se sont sentis insultés lorsque Sarkozy évoqua les " racailles " et promit le nettoyage au Karcher, ceux qui subissent des contrôles au faciès. Ces jeunes donnent aujourd'hui une leçon magistrale à un ministre de l'Intérieur postulant à la plus haute charge de l'État, qui a repris à son compte le slogan du FN, " La France, aimez-la ou quittez-la ".

À la vérité, le chef de l'UMP s'est-il vraiment demandé s'ils aimaient la France, ces écoliers et collégiens dont les parents sont privés de papiers et qui sont menacés d'expulsion en cette fin d'année scolaire ?

Un saisissant contraste oppose le climat de fraternité joyeuse qui semble gagner des millions de Français en ces jours de coupe du monde et la politique d'un gouvernement qui a oublié ce qu'humanité veut dire. Après la loi CESEDA, qui fait de l'immigré une ressource pour le patronat, que l'on choisit selon les besoins de celui-ci, à qui l'on tente d'empêcher le mariage en France et dont l'expulsion vers le pays d'origine est facilitée, la traque des enfants de sans-papiers constitue une nouvelle honte pour la France.

A Troyes comme dans toute la France des collectifs citoyens s'opposent à la loi Sarkozy Ce dernier a nettement sous-estimé la colère qu'allait provoquer sa décision. Ces enfants ont été placés sous protection citoyenne dans chaque école, dans chaque quartier. Avec le Réseau éducation sans frontières, des milliers de citoyens, élus de gauche, syndicalistes, enseignants parrainent des enfants, s'engagent à les soutenir, à les accompagner et le cas échéant à les cacher, au risque de s'exposer eux-mêmes à des poursuites judiciaires.

Devant un acte de résistance civique d'une telle ampleur, soulignée par les dizaines de milliers de manifestants qui ont défilé samedi à Paris et dans de nombreuses villes de France comme à Troyes où une centaine de personnes se sont rassemblées place de l'hôtel de ville, le gouvernement se voit contraint de manoeuvrer en recul, laissant espérer des régularisations aux familles qui en feront la demande, selon des critères toutefois fort imprécis.

Au-delà de la date butoir du 13 août, la chasse aux enfants peut s'ouvrir et si la vigilance populaire se relâche les milliers de familles qui ont attendu de longues heures devant les préfectures risqueraient de s'être précipitées dans la gueule du loup.

Tout cela ne serait pas très sportif et les Français, rassemblés derrière une équipe incarnant la fraternité et la diversité, ne sauraient laisser des gendarmes se saisir des enfants d'immigrés.


Publié par la Dépèche de L'Aube

# Posté le dimanche 30 mars 2008 16:23

Modifié le dimanche 26 octobre 2008 09:06

[ FRANCE ] METISSAGE { CHRONIQUE METISSEE }

[ FRANCE ] METISSAGE { CHRONIQUE METISSEE }
!!! A LIRE ABSOLUMENT !!!

IDENTITE NATIONALE VERSUS METISSAGE ?


Le METISSAGE doit être une force, pas seulement en cuisine (cuisine fusion) et en musique (la world music) mais aussi en architecture. Les free zones de La Réunion sont des espaces qui se sont libérés de l'emprise de l'administration par l'action de leurs habitants et ont ainsi échappé à la main mise d'une culture dominante.


Je suis né à la Réunion. Je suis allé à l'école avec des indiens, des chinois, des malgaches, des zarabs (indiens du gujarat de confession musulmane), des métros, des mauriciens, des comoriens. Ce mélange se doublait d'une très grande hétérogénéité sociale et religieuse. Dans ma classe : musulmans, hindous, catholiques, juifs, confucéens ... cela était ma conception de la norme. Nous étions tous différents et nous étions tous français, je pensais aussi que c'était la norme. Pour moi j'étais français parce que je parlais le français, et je considérais que ceux qui parlaient l'anglais étaient anglais ou américains, peu importe l'endroit où ils habitaient.


Notre communauté s'établissait sur le fait que nous habitions là ensemble, avec notre capacité d'action, de mouvement et de proposition. En même temps notre futur ne se décidait jamais sur place mais plus au nord à Paris. Français à 10.000 Km de la France. Ce n'est que beaucoup plus tard que j'ai réussi à conceptualiser la notion de colonisation qui expliquait ma situation.


Une histoire violente qui avait établie une hiérarchie entre les êtres humains, les êtres humains du dessus et les êtres humains d'en bas. Jules Ferry président du conseil, définissait ainsi sa politique coloniale, devant le parlement français. Mais cette classification entre les races supérieures (les européens blancs) et les Races inférieures (tous les autres) a permis de justifier les pires excès.


Extrait du débat du 28 juillet 1885 du Parlement Français

Jules Ferry :

"Il y a un second point, un second ordre d'idées que je dois également aborder (...) : c'est le côté humanitaire et civilisateur de la question. (...) Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu'en effet, les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures... [Rumeurs sur plusieurs bancs à l'extrême gauche.] Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. (...)"

La réponse de Georges Clemenceau :

"Voilà, en propres termes, la thèse de M. Ferry et l'on voit le gouvernement français exerçant son droit sur les races inférieures en allant guerroyer contre elles et les convertissant de force aux bienfaits de la civilisation. Races supérieures ! Races inférieures ! C'est bientôt dit. Pour ma part, j'en rabats singulièrement depuis que j'ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande, parce que le Français est d'une race inférieure à l'Allemand. Depuis ce temps, je l'avoue, j'y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation et de prononcer : homme ou civilisation inférieure ! (...) C'est le génie de la race française que d'avoir généralisé la théorie du droit et de la justice, d'avoir compris que le problème de la civilisation était d'éliminer la violence des rapports des hommes entre eux dans une même société et de tendre à éliminer la violence, pour un avenir que nous ne connaissons pas, des rapports des nations entre elles (...)".


L'état français à la fin du XIXeme siècle se positionne donc ouvertement comme raciste, en référence à la théorie de la hiérarchie des races qui conclut à la nécessité de préserver la race dite supérieure de tout croisement et à son droit de dominer les autres (définition Petit Robert). La position solitaire de Georges Clemenceau n'a en rien modifié la montée en puissance de l'empire colonial français et de ses excès. C'est à ce moment que la colonisation a touché la majeure partie du monde : les Anglais avec l'Inde, le Pakistan, l'Afrique de l'est, etc. ; les Français avec l'Algérie, le Maroc, l'Afrique de l'Ouest et les DOM TOM ; les Portugais avec le Mozambique et l'Angola ; les Hollandais avec l'Indonésie.


Le METISSAGE apparaît alors comme une erreur, un relâché des pulsions sexuelles du colonisateur, le viol de la belle négresse par son maître ou par n'importe quel blanc dans une colonie quelconque. Ce métissage né dans la violence fabrique l'image de son désir à travers le mythe de la belle négresse ou de la belle créole, qui ensorcelle. La société coloniale est une société schizophrène totalement partagée entre un idéal de non mélange (modèle européen virtuel et fantasmé) et une réalité physique plus mélangée (modèle métisse d'une société multiple).


La fin de l'esclavage est votée en France en 1848. La situation des esclaves s'empire, mis hors des plantations. Ils établissent des camps informels, autoconstruits en bord des villes existantes ou en campagne. C'est un Le Corbusier altermondialiste que l'on retrouve là, qui trouvent dans les quartiers pauvres des descendants d'esclaves une alternative à l'architecture académique pompier gréco-romaine, majoritaire en Europe.


Le mouvement moderne a profondément puisé dans une architecture populaire (du Maghreb, à la Turquie et aussi au Brésil ou en Argentine) très loin de l'architecture savante de l'académie. "Mais de hauts personnages brésiliens étaient furieux de savoir qu'à Rio j'étais monté sur les collines habitées par les nègres. 'C'est une honte pour nous gens civilisés !' J'expliquais sereinement que, tout d'abord, je trouvais ces nègres fondamentalement bons ; bons c½urs. Puis beaux, magnifiques. Puis que leur nonchalance, la limite qu'ils savent imposer à leurs besoins, leur capacité de rêverie intérieure, leur candeur, faisaient que leurs maisons étaient toujours admirablement plantées sur le sol, la fenêtre étonnamment ouverte sur des espaces magnifiques, l'exiguïté des pièces abondamment efficace.


C'est le concept de vie qu'il faut changer ; c'est la notion de bonheur qu'il faut dégager.
Là est la réforme, le reste n'est que conséquence : 'les nègres vous assassineront dans ces quartiers effroyables ; ils sont extrêmement dangereux, ce sont des sauvages ; il y a chaque semaine là deux ou trois assassinats !' Je répondais : 'ils n'assassineront que le larron d'amour, celui qui les a blessés dans le profond de leur chair. Pourquoi voudriez vous qu'ils m'assassinent moi, qui les regarde avec une profonde compréhension.


Mes yeux, mon sourire me protégent, allez !'" (Le Corbusier, Précisions, sur un état présent de l'architecture et de l'urbanisme, Paris 1930)


J'ai beaucoup travaillé ces dernières années sur les quartiers d'habitats spontanés à La Réunion. Ils sont passionnants car c'est l'espace de nouvelles expérimentations, où il y a un bouillonnement culturel, une construction en cours. Une politique d'autoconstruction et d'indépendance par rapport au carcan administratif. C'est ce que nous appelons des free zones, des espaces qui se sont libérés de l'emprise de l'administration par l'action concrète de leurs habitants. Ces free zones ont ainsi échappé à la main mise d'une culture dominante.

A la Réunion, elles établissent de nombreuses connexions avec le paysage, à une grande échelle, un travail de captation des vues et à une microéchelle, la mise en ½uvre d'une microgéographie, le travail sur la botanique.


C'est un espace de METISSAGE , par la substance architecture qui est crée mêlant nature et végétation, espace ouvert couvert et espace fermé, citations de cultures différentes, personnes d'origine diverses. Les free zones sont en totale rupture avec la pensée totalisante, post moderne parce qu'elles se placent au delà des lumières.


Cela est radicalement différent de la banlieue en France métropolitaine. La "banlieue", ce mot sous-entend actuellement, banlieue difficile. Il ne s'agit pas de Neuilly, Boulogne ou Saint Germain. Les banlieues pour moi c'est comme la touche recall (rappel mémoire) sur les machines à calculer, c'est la touche rappel que la colonisation a existé et que la décolonisation reste à traiter.


Il ne faut pas fuir la réalité de notre pays. Le social et le racial sont mêlés dans les banlieues dites difficiles. Ce sont des ghettos dont la fabrication est non hasardeuse. Les cités HLM ont été pensés et construites dans les années 50 et 60 pour la plupart sans équipements culturels, sans équipements sportifs, sans entreprises, sans commerces. Une sous-ville, pensée pour loger les habitants les plus pauvres, les déplacer des bidonvilles vers des cités HLM désertées par les classes moyennes.


Dans ces espaces les habitants ont été dépossédés de l'architecture. Une dépossession de leur pouvoir de création, de leur action sur leur environnement immédiat. Et cela les travailleurs sociaux ne peuvent rien y changer. Ce sont les mêmes personnes (les immigrés) qui ont été dépossédés de la terre au moment de la colonisation, qui ont été souvent enrôlés de force durant les guerres (par exemple la seconde guerre mondiale), souvent enrôlés de force pour travailler en France (par exemple dans les campagnes de Kabylie).


Que reste t-il ? Un sentiment amer, d'être exclus.
Le rap comme seul moyen d'expression ?
Le sport comme seule représentation positive ?
Les rappeurs ont pris le dessus sur les medias, les enseignants.
Les 10 - 25 ans les écoutent et s'identifient à eux, tout comme ils le font avec les sportifs de haut niveau qu'ils ont connus.


Le groupe SNIPER décrit le ressenti quotidien vécu de l'intérieur de la cité, laissant parfois place à la colère et à la révolte. C'est aussi un des plus gros groupe de Rap français en ce moment. Ils doivent une partie de leur succès, au ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, qui les a attaqués en justice en 2003, pour des paroles jugées "violentes, racistes et injurieuses" (réponse de Nicolas Sarkozy à l'assemblée nationale à une question de la députée Nadine Morano). Cet album "Gravé dans la Roche" est double disque de platine et a été vendu à plus de 600.000 exemplaires.


Extrait de la chanson BRULE { Album Trait pour Trait 2006 } (Voir photo)

Jeune issu de l'immigration comme ils aiment tant le rappeler
Ca fait 30 ans qui fond que parler d'intégration je me sens pas français
Forcer de constater que l'on c'est pas du refus c'est juste un fait
J'ai vu je sais que le fossé se creuse
De plus en plus tu sais mito font leurs beuz
Sur l'insécurité joue sur la peur des gens ?
N'hésite pas a draguer électoral tu grondes
Va y je sens que l'histoire se répète j'entends
Parler du rôle positif de la France durant
Les colonies putain c'est quoi ces conneries
Quand nos pères étaient utiles et productifs ils étaient bons pour ce pays
Ok mais quand leurs fils crient vengeance
Ils sont bons pour leur pays d'origine - la France
Un pays régit par des irresponsables qui multiplient les maladresses
Et se demandent pas pourquoi j' t'agresse j' m'adresse
Face au premier flic un mec timide qui nie les faits
Sali la mémoire des victimes qui met
De l'huile sur le feu comportement indigne
C'est prétentieux, trop ambitieux qui vas nettoyer qui?



Un violent cri de désespoir, rempli d'une jubilation de l'action possible car l'image du clip Brûle sur le couplet ci-dessus, nous présente le rappeur Aketo et Blacko avec des cartes d'électeur en main.

La fin du clip se termine sur l'image d'une carte électorale et d'un teaser "En 2007 votez".

Je re-visionnais les images des émeutes de Banlieues de 2005. Toutes les images sont prises depuis les lignes des forces de l'ordre en regardant les émeutiers et les immeubles face à nous. Les journalistes sont 'embedded', c'est-à-dire qu'ils font partie des lignes des forces de l'ordre ou sont derrière elles. Cela me fait penser à la guerre en Irak avec 99% des journalistes qui étaient 'embedded'. Cette situation physique des journalistes est une situation liée à la guerre : ils se mettent du coté où leur vie est sauvegardée. Ils se situent à ce moment là, derrière la ligne de front, celle de l'affrontement. Ils sont derrière la frontière définie par la garde républicaine française.


Si les frontières extérieures de l'Europe, à Ceuta par exemple, expriment bien la notion de forteresse, la fortification ne répond pas seulement à la peur, aux inquiétudes, à la sagesse, elle est aussi la preuve d'une richesse, d'une force. N'est ce pas celle-là, la nouvelle frontière qui s'est construite en 2005 lors des émeutes de banlieues, cette frontière intérieure immatérielle jusque là (visible par des dispositifs spécifiques : de polices, d'aides sociales, de transport ...), qui s'est constituée physiquement ?


Alors oui la question est bien celle de l'identité nationale que nous choisissons :


Soit une identité nationale qui fabrique une frontière intérieure qui va dévorer l'histoire de la France et en dissiper l'énergie. L'identité d'une France qui oublie son passé colonial et n'a pas su gérer la décolonisation. Serions-nous une communauté humaine autiste qui a peur de se découvrir en devenir et de s'ouvrir sur le monde ?


Soit l'identité nationale d'une France qui a toujours été diverse et métissée (cf. Fernand Braudel – ldentité de la France, éditions Arthaud, 3 volumes, paris 1986). Elle doit réunifier une image vieillotte et une réalité multiple et vivante. Une identité est une construction permanente, avec des fragments ajoutés et d'autres enlevés en permanence. L'Histoire n'est pas finie elle continue. Une identité dont la définition mathématique "est une écriture utilisant les notations formelles mathématiques dans laquelle l'égalité de deux termes est affirmée.

Ces termes dépendent de quantités de nature variable, certaines étant déterminées (constantes) et d'autres au contraire inconnues (indéterminées, ou inconnues)". (Extrait du Petit Robert). Cette difficulté de créer une nouvelle société parce qu'elle n'existe pas encore doit être affrontée, et c'est ça qui fait peur.


C'est bien ce même indéterminé, inconnu qui nous ramène vers une architecture métisse, sensuelle et désirante... une architecture de l'expérimentation qui s'invente au quotidien. Une architecture qui travaille sur l'action à venir, imprévisible par nature. Une architecture qui rende son biopouvoir à la multitude. Le métissage, le mélange des cultures est maintenant une réalité quotidienne à l'échelle mondiale (c'est un constat) dont nous voulons nous emparer pour entreprendre ce même travail. Alors utilisons le comme une force pas seulement dans la cuisine (cuisine fusion) et la musique (la world music) mais aussi en architecture.



CHRONIQUE METISSE publié par Philippe Zourgane.

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# Posté le dimanche 30 mars 2008 17:07

Modifié le dimanche 26 octobre 2008 09:07

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LE PETIT MONDE D'EMILIE >

NOIR ET BLANC


Il pleure dans la cour de l'école,
Il semble vraiment malheureux.
Une petite quitte la farandole
Et s'en approche peu à peu.
Le garçon est assis par terre
Ses jambes sont repliées
Et dans ses mains il serre
Son visage qu'il veut cacher.

Quand il voit la fillette, I
l veut se lever pour partir
Mais ne baisse pas plus la tête
Car elle lui offre son sourire.
Pourquoi tu es seul et tu pleures ?
Le petit murmure entre ses sanglots
Mais, tu ne vois pas ma couleur ?
On m'a dit plein de méchants mots.
Je suis blanche, tu es noir !
Ou est la bonne couleur ?
Est-ce le blanc ou bien le noir ?
Il n'y a pas de bonne couleur !
Je ne veux plus que tu pleures
Je ne veux plus te voir malheureux
Mes yeux voient avec mon c½ur
Je leur apprendrai si tu veux .

Dali


POEME D'UN NOIR POUR SON HOMOLOGUE BLANC

Quand je suis né, j'étais Noir,
Quand j'ai grandi, j'étais Noir,
Quand je vais au soleil, je suis Noir,
Quand j'ai froid, je suis Noir
Quand j'ai peur, je suis Noir,
Quand je suis malade, je suis Noir
Quand je mourrai, je serai Noir.

tandis que toi, homme blanc,

Quand tu es né, tu étais Rose,
Quand tu as grandi, tu étais Blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es Rouge,
Quand tu as froid, tu es Bleu,
Quand tu as peur, tu es Vert,
Quand tu es malade, tu es Jaune,
Quand tu mourras, tu seras Gris,

et après cela, tu as le toupet de m'appeler

“Homme de Couleur” !


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# Posté le lundi 31 mars 2008 07:01

Modifié le mercredi 18 juin 2008 06:15